Les planchers dans les immeubles anciens

Que vous possédiez une ancienne maison particulière ou que vous soyez propriétaire d'un appartement dans un immeuble du 17e, 18e ou 19e siècle, vous pouvez être confronté à des travaux de restauration de vos planchers. Il est important avant toute chose de connaître leur structure pour ne pas commettre d'impair lors de la réalisation de votre projet. Ces planchers supportent déjà une masse conséquente qui doit être prise en compte par exemple lors d'une mise à niveau du sol. 

Structure générale des planchers

La structure de ces planchers est constituée de solives (poutre en bois) de section d'environ 18 cm par 20 cm et variant suivant les dimensions du plancher et leur emplacement. Les solives d'enchevêtrure sont les solives destinées à supporter les solives de chevêtre constituant les trémies pour la mise en place des foyers de cheminée (âtres) ou le passage des différents conduits et tuyaux.

En raison des problèmes d'incendie, une loi fût instaurée au 17e siècle pour interdire la présence de pièce de bois dans le support de l'âtre des cheminées. Ainsi, on y place des bandes de trémie en fer forgé supportant un remplissage constitué d’agrégats insensible au feu et à la chaleur.

Différentes techniques sont utilisées pour la fixation des solives sur les murs principaux (gros murs) ou de refend.

Dans le cas d’un plancher simple et lorsque la constitution des murs le permet, les solives sont directement encastrées dedans, en ayant pris les dispositions nécessaires (brûlage ou traitement spécial des extrémités) pour que l’humidité ne cause pas de détérioration au bois. Dans d’autres cas, de grosses lambourdes (poutre de 25 à 30 cm de section environ) sont fixées contre les murs, ou incrustées quelquefois à mi-épaisseur de bois et soutenues par des corbeaux de fer ou de bois. Les solives prennent ensuite appui sur ces dernières.

Si la structure des murs ne permettent pas ces types de fixation (présence de conduits, de fenêtres, mur en pan de bois), on dispose des linçoirs (grosse pièce de bois) au long du mur, chacun maintenu entre deux solives qui elles sont encastrées aux endroits où le mur le permet.

Quelques planchers types

Plancher simple, solives encastrées

Dans ce type de plancher, les solives sont scellées dans les murs. Les solives d’enchevêtrures, plus épaisses et plus larges de 3 à 5 cm que les autres, car elles doivent en plus soutenir les chevêtres et les solives boiteuses qui servent à la création de la trémie. Les solives sont disposées tous les 32 cm (entraxe). Les solives d’enchevêtrures sont éloignées à un mètre du fond de l’âtre.

Plancher simple avec solives encastrées, tremis et conduit de cheminée
Fig. 1. Plancher simple avec solives encastrées, trémies et conduit de cheminée

Plusieurs bandes de fer recourbées à chaque extrémité sont fixées aux chevêtres et reçoivent un ensemble d’agrégats et de plâtre, remplissant ainsi la trémie. Des briques formant une voûte et prenant appuis sur des tasseaux fixés aux chevêtres peuvent également remplir cette trémie.

Plancher sur lambourdes fixée aux murs

Dans cet exemple, les solives reposent sur des lambourdes encastrées à mi-épaisseur dans les murs, soutenues par des corbeaux de fer scellés dans ces mêmes murs tous les 2 mètres environ.

Le principal problème de ce type de fixation est que l’encastrement de la lambourde provoque un affaiblissement de l’épaisseur du mur.

Plancher avec lambourdes fixées au mur
Fig. 2. Plancher avec lambourdes fixées au mur

Plancher avec linçoir

C’est un cas que l’on retrouve assez souvent dans les anciens immeubles de grandes villes.

Ici, des linçoirs sont utilisés le long des murs, le plancher a ainsi moins d’emprise sur les murs et permet le passage de nombreux conduits, cheminée et tuyaux. Les murs sont par ailleurs moins affaiblis par la mise en place du plancher. Les liaisons entre chaque pièce sont étudiées selon l’emplacement et alternent entre les éléments en métal et les assemblages tenons et mortaises

Plancher avec linçoirs et différents chevêtres
Fig. 3. Plancher avec linçoirs et différents chevêtres

Consolidation et finitions des planchers

Au 18e siècle de nombreuses techniques sont utilisées pour compléter la structure des planchers et les rendre foulables.

De manière générale, on utilise souvent du lattis (petites planchettes de bois) pour constituer une structure jointive qui est recouverte et consolidée par des aires en plâtre ou chaux, et sur laquelle on place les éléments du revêtement final (carrelage, tomette, parquet).

Dans l’exemple ci-dessous, le plancher représenté est plafonné par le dessous (solives non apparentes) et possède une aire maçonnée. Ce type de consolidation est couramment utilisé pour les immeubles de logements collectifs, car elle isole assez bien des bruits.

Partie supérieure du plancher

Sur la partie supérieure, un lattis est utilisé puis recouvert d’une aire faîte de chaux et de plâtre, que l’on nomme également le « marin ». Sur cette aire, on forme ensuite des augets en plâtre qui servent à placer à niveau bien horizontal des lambourdes. Ces lambourdes sont généralement en chêne et ne dépassent pas une longueur de 1,5 mètre pour éviter les problèmes de torsion causés par l’humidité de la maçonnerie avant séchage. Un parquet est ensuite cloué sur ces lambourdes. Le parquet « point de Hongrie » était particulièrement utilisé.

Consolidation et finition de la face supérieur du plancher
Fig. 4. Consolidation et finition de la face supérieur du plancher

Partie inférieure du plancher

Sur la partie inférieure des solives, un lattis est cloué à mi-largeur puis recouvert d’un enduit au plâtre. On constitue ainsi un plafond lisse, qui pourra être peint et fini par des moulures couramment utilisées à cette époque.

Plafonnage de la partie inférieure du plancher
Fig. 5. Plafonnage de la partie inférieure du plancher

Rénovation ou restauration des anciens planchers

A l'heure actuelle, il arrive que ces types de planchers présentent des désordres de plus ou moins grande importance, le temps ayant fait son oeuvre.

Ces planchers étaient conçus pour supporter un certain poids. Il faut donc faire attention à la surcharge occasionnée par l'ajout de couches de ragréage ou de revêtement. Si le plancher présente une déclivité, vérifiez en tout d'abord les causes. Il est courant que cela soit dû au mouvement du bâtiment au fil des siècles, mais il peut s'agir, dans certains cas, de faiblesses au niveau des solives.

Par ailleurs, les éléments de consolidation du plancher (lattis + aire), vus plus haut, ont constitué avec le temps un ensemble en équilibre avec les masses de l'immeuble. Si une restauration complète est nécessaire et que les solives doivent être mises à nues, cela peut s’avérer délicat, en particulier pour les logements collectifs : Des désordres (fissures ou mouvements plus importants) peuvent apparaître dans les appartement à l'étage inférieur. Pour ce type de travaux, il est impératif de s'adresser à un professionnel qui possède une bonne connaissance des anciens bâtis.

Photos de chantiers relatifs à ces planchers

Vous pouvez trouvez sur le Web quelques galeries de photos de particuliers ou de professionnels qui montre la structure des ces planchers

Restructuration complète d'un immeuble

Ces nombreuses et très intéressantes photos d'un chantier de restructuration d'un immeuble situé rue du Faubourg Poissonnière, à Paris, montre bien la constitution des planchers. Une complète mise à nue des poutres a été effectuée pour créer de façon propre des dalles en béton avec armature en ayant pris soin de compenser la surcharge avant séchage de l'ouvrage. Ces travaux ne sont réalisables que s'ils sont effectués sur l'immeuble entier, en raison de l'interdépendance des forces d'étage en étage.

Enlèvement, isolation et pose d'un parquet de Versailles

Sur son site, la société "Parquets de Tradition" montre les étapes en photos de la restauration d'un parquet de Versailles, sur des lambourdes fixées par des augets, sur le marin. On distingue également les amas de plâtre transverses servant à maintenir l'espacement entre les lambourdes. Un soin particulier a été apporté à l'isolation avec de la laine de roche entre les lambourdes.

Discussion sur le forum aroots.org

Cette discussion sur le forum aroots.org est l'occasion de réfléchir dur les différents moyens pour la réfection des planchers parisiens. On voit sur ces trois photos la disposition des lambourdes, maintenues par le plâtre.

Pose d'un parquet d'Arembert

La remise en état de parquet traditionnels par la societe atdg permet également de voir l'agencement des lambourdes dans des immeuble anciens.

Références

  1. LE VIGNOLE DES OUVRIERS - Par Charles Normand - 1825 - (consulter sur Google Books)
  2. PLANCHERS ANCIENS PARISIENS - Wiki ceacap.org

Par benbob le

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